Non, Vichy n'était pas la France

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Non, Vichy n'était pas la France

Par PAR MARIE-FRANCE GARAUD ET PIERRE JUILLET 

Publié le 22 juillet 1995 .Le Monde

Si les mots ont un sens, reconnaître que le « gouvernement de Vichy » a agi et décidé au nom de la France, c'est dire que de Gaulle était un général rebelle et ses compagnons, Français libres et résistants, des aventuriers. C'est dire que la condamnation du général pour trahison était « légitime ».

Comment peut-on prétendre que l'Etat de Vichy incarnait la République ?

La République est libre ou elle n'est pas. Un Etat asservi n'est plus un Etat. Il ne s'agit ni de sentiment ni d'interprétation, mais de la constatation d'une réalité politique et institutionnelle.

C'est de cette réalité que de Gaulle a pris acte dès juin 1940 : « ... Devant la liquéfaction d'un gouvernement tombé sous la servitude ennemie, devant l'impossibilité de faire jouer nos institutions, moi, général de Gaulle, soldat et chef français, j'ai conscience de parler au nom de la France » (19 juin 1940).

C'est parce que ceux à qui la représentation nationale française avait remis le pouvoir s'étaient soumis à l'autorité politique de l'Allemagne que, dès 1940, les hommes de Vichy n'étaient et ne seraient jamais autre chose qu'un « soi-disant gouvernement ». Ils n'auraient pas été autre chose même si de Gaulle n'avait pas été là et s'il n'avait pas donné une forme et une réalité institutionnelle à son action. Mais il l'a fait en des termes qui ne laissent place à aucune équivoque par le manifeste lancé de Brazzaville le 27 octobre 1940 : « Il n'existe plus de gouvernement proprement français. En effet, l'organisme sis à Vichy et qui prétend porter ce nom est inconstitutionnel et soumis à l'envahisseur. Dans son état de servitude, cet organisme ne peut être et n'est, en effet, qu'un instrument utilisé par les ennemis de la France contre l'honneur et l'intérêt du pays. Il faut donc qu'un pouvoir nouveau assume la charge de diriger l'effort français dans la guerre. Les événements m'imposent ce devoir sacré, je n'y faillirai pas. J'exercerai mes pouvoirs au nom de la France... et je prends l'engagement solennel de rendre compte de mes actes aux représentants du peuple français, dès qu'il lui aura été possible d'en désigner librement. »

L'incarnation de l'Etat français dans les organes créés par de Gaulle avec les hommes rassemblés autour de lui n'est pas un mythe, c'est l'Histoire. Il n'appartient à personne de la transformer au gré de ses sentiments.

Que des Français se soient conduits d'une manière ignoble pendant les années noires de l'Occupation, c'est la vérité, et le souvenir de ces horreurs ne peut ni ne doit s'effacer.

Mais ces Français-là, quels qu'aient été leurs fonctions et leurs titres, étaient devenus les serviteurs de l'occupant, et les crimes qui sont les leurs ont pris racine dans l'asservissement consenti dès lors que les gouvernants de 1940 remettaient à des mains étrangères la souveraineté française dont ils avaient la garde.

Il n'est pas d'Etat sans souveraineté, il n'est pas de souveraineté sans liberté de décider.

PAR MARIE-FRANCE GARAUD ET PIERRE JUILLET