|
La Chine est en train d’exploser. GRAND CONTINENT .28 MARS 2026
À chaque fois que vous regardez une série historique sur l'économie mondiale—il y a toujours une ligne exponentielle.
C'est la Chine.
C’est la Chine que raconte Dan Wang—«le gouvernement des ingénieurs».
Celle qui a produit en 2018-2019 autant de ciment que les États-Unis au cours de tout le XXe siècle.
Qui a construit en quelques années un réseau ferroviaire à grande vitesse plus long que celui du reste du monde réuni.
Qui a déplacé près d'1,5 million de personnes pour construire le plus grand barrage du monde — les Trois Gorges, non loin de Chongqing.
Il est difficile de prendre la mesure de ce «maximalisme industriel», de sa radicalité.
Cherchez simplement à penser à ce que signifie ce chiffre brut.
Entre un tiers et la moitié de tous les produits manufacturés dans le monde sortent des usines chinoises.
Parfois c’est beaucoup plus.
Par exemple, la Chine a aujourd'hui la capacité de produire soixante millions de voitures par an—sur un marché mondial de quatre-vingt-dix millions.
On connaît son modèle, son développement.
On sait que ses exportations sont en hausse en Europe et qu’un nouveau choc chinois est déjà en cours.
On observe la transformation méthodique de son économie sur un prisme d’écologie réaliste—la Chine consomme ainsi plus de charbon que le reste du monde réuni et produit deux fois plus d’énergie solaire et éolienne que celui-ci.
Au centre et au sommet du monde.
C’est ainsi que Xi Jinping voit la Chine.
Et c’est ainsi que sa Chine regarde le monde.
Pour s’en rendre compte il faut étudier une carte—encore méconnue en Europe.
Nous l’avons reproduite supra—en demandant à Nadège Rolland de la commenter dans une publication qui paraît dans nos pages aujourd’hui.
Réalisée par le géophysicien Hao Xiaoguang, rendue publique en 2014 et adoptée par la Commission Militaire Centrale en 2019, cette projection étonnante explicite une vision du futur et de la place que la Chine espère occuper.
En tournant la page des cartes de «l’humiliation nationale» et d’une Chine mutilée, amputée, cette carte disloque l'axe est-ouest, en supprimant la centralité européenne et sa dimension transatlantique.
L'océan Atlantique, le continent américain—scindés, comprimés, sont relégués aux confins.
Elle a beau nous paraître aberrante.
Et pourtant—on la comprend.
Car elle ne retrace pas simplement le rêve chinois, elle décrit également le cauchemar américain.
On sait que les élites à Washington sont désormais habitées par une profonde inquiétude.
L’explosion chinoise s’accompagne d’un décrochage relatif, mais évident.
La Chine domine désormais la plupart des champs de recherche sur les technologies critiques, en particulier celles d'application militaire.
Ce croisement de trajectoires intervient sur fond d'une dépendance croissante des États-Unis envers l'industrie chinoise—pendant que Pékin arsenalise sa mainmise sur la production mondiale de terres rares.
Pour la première fois depuis un siècle, le sens de l'histoire ne va pas dans le sens de Washington.
L'inertie de la structure du monde joue contre l’Amérique et contre la Maison-Blanche.
C'est pour cette raison, sans doute, que le choix de la guerre et du chaos peut devenir rationnel.
En remettant tout en jeu, on risque, bien sûr, de tout perdre.
Mais on peut également, de nouveau, avec un peu de chance, réorienter l’histoire.
Il suffit, croit-on, d'un coup de dés.
|